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Les combats de Champien

 

 

            Ces combats se livrant du 23 au 29 septembre 1914 sont intéressants à plus d'un titre. Tout d'abord, ils s'inscrivent dans la "grande histoire" de la Course à la mer et sont donc parfois "oubliés" ou méconnus. Intéressants, ils le sont également parce qu'ils vont  voir l'usage généralisé des tranchées qui ensuite deviendra l'une des caractéristiques de la guerre de position et d'usure qui se mettra peu à peu en place à partir de la fin de l'année 1914. Finalement, ils sont également  intéressants en ce sens où ils nous montrent le déséquilibre entre l'artillerie française, peu dotée en artillerie lourde, et son homologue  allemande qui en fera un usage massif tout au long de la guerre.

            Ces combats seront livrés par des régiments appartenant à l'armée Maunoury, les 101ème, 102ème, 103 et 104ème  RI du 4ème CA qui parti du secteur de Lassigny-Quennevières marche au Nord en direction de Nesle.

 

            Le 23/09, le 101ème reçoit l'ordre de tenir la route Roye-Noyon-Verpillières et d'en interdire l'accès aux Allemands. Le 1er bataillon va prendre position à Roiglise, le 2nd à la sortie de Champien sur la route de Solente et le 3ème envoie sa 11ème compagnie tenir le bois de Champien. Là, il est en liaison avec le 1er bataillon du 102ème RI qui tient la lisière Nord du bois pour verrouiller la route Roye-Noyon et occupe Margny-aux-Cerises.

            Les 2ème et 3ème bataillons du 102ème sont, eux, occupés à fortifier dans Champien même une ligne allant de l'Observatoire au croisement des routes Champien/Roiglise.

            Le dispositif est complété par le 104ème RI qui occupe Ognolles, Solente et renforce le 102ème à Margny-aux-Cerises face au Pavé. La mise en place du dispositif c'est feu sous le feu quasi-constant des canons allemands de 77, 105 et 150.

            Le 24/09, les Français renforcent leurs positions, consolident leurs tranchées par l'adjonction de planches et de madriers pillés dans Champien, tout cela n'offrira qu'une maigre protection face aux obus teutons. Le JMO du 101ème indique que « le 2ème bataillon creuse des tranchées. C'est la 1ère fois que furent construits des travaux de fortification qui devaient prendre tant d'importance par la suite ». Les travaux sont effectués sous le feu de l'artillerie ennemie établie, d'après le JMO du 102ème, au Pavé.

            Le 102ème creuse des tranchées au Sud et au Sud-Ouest de Champien avant de détacher une partie des ses unités à Liancourt pour occuper les tranchées de la ferme de l'Abbaye.

Tranchées françaises après les combats de Champien

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            Toute la journée « la bataille fait rage » (JMO du 101ème) et les Français livrent « un violent combat » (JMO du 104ème) à Ognolles. A Waucourt, le 3ème bataillon du 103ème RI repousse l'assaut de l'ennemi et tient ses positions. A 21h30, Ognolles et Solente sont évacués sur ordre. Constatant que l'Allemand n'occupe pas le village, dans la nuit du 24 au 25, 3 compagnies du 103ème vont réoccuper Solente.

            Le 25/09, la situation semble se stabiliser. Le 102ème reste ferme sur ses positions à Margny-aux-Cerises (1er bataillon), tandis que son 2nd bataillon fortifie la ligne route de Balâtre-Waucourt. La ligne Waucourt-Champien est tenue par le 101ème RI dont le 1er bataillon participe à la défense de Margny-aux-Cerises. Pendant ce temps, les tranchées de Waucourt subissent un très fort bombardement allemand.

            Dans la matinée, le dispositif français va être bouleversé par l'évacuation de Solente par le 103ème, ce qui d'après le JMO du 101ème RI « rend notre position très difficile en avant de Champien ». En parallèle, Balâtre, abandonné par le 103ème, est tombé aux mains de l'ennemi.

            Durant la  nuit du 25 au 26, on s'active à renforcer et remettre en état les tranchées en prévision d'assauts  à venir.

 

            Le 26/09, dès le lever du jour, l'artillerie allemande pilonne Champien et les lignes françaises. L'infanterie allemande lancera plusieurs assauts depuis Solente qui seront tous repoussés par le 2ème bataillon du 101ème renforcé d'une section de mitrailleuses.    

            Une batterie de 75 française doit atteler et évacuer sous le feu des canons ennemis dont elle est incapable de contre-battre les tirs par manque de portée. Excellent canon de campagne, le 75 ne peut rivaliser avec les 105 et 150 de l'artillerie lourde allemande.

            En fin de matinée et pour desserrer l'étau, les 10ème et 11ème compagnies du 102ème RI attaquent Solente. L'opération échoue car les Allemands la prennent à partie sur son flanc gauche depuis Balâtre, dont l'évacuation par le 103ème était inconnue des cadres du 102ème, c'est en tout cas ce que semble indiquer le JMO de ce régiment en date du 26/09. Au cours du repli des compagnies engagées dans l'attaque, le Lieutenant Vidal qui dirige le repli est tué au combat. Dans le même temps, le 102ème abandonne ses tranchées face à Balâtre, le piège allemand se referme peu à peu sur Champien et ses défenseurs qui commencent à fortifier le parc du château. L'artillerie allemande continue ses tirs de façon intense.

 

            En fin d'après-midi, aux alentours de 17h, les défenseurs de Margny-aux-Cerises cernés de tous côtés par l'infanterie ennemie et violemment cannonés se replient sur une ligne Champien-Roiglise. Le Capitaine Rousseau, du 1er bataillon du 102ème, qui supervise le repli est blessé et disparaît.

            En soirée, la situation se stabilise. Les tranchées courant de Champien à Waucourt sont toujours françaises. Le 101ème RI se maintient sur les lisières Est et Sud du village, le JMO de ce régiment indique que « la nuit se passe sans incident ».

 

            Le 27/09, après avoir indiqué une nuit calme, le JMO du 101ème présente une situation de plus en plus critique. Désormais, c'est depuis Balâtre, Solente et Margny-aux-Cerises que viennent les assauts allemands sur la ligne française de la Ferme de Waucourt-Champien-Roiglise qui forme un saillant dans les positions allemandes.

            Le 27/09, trois assauts allemands sont lancés sur Champien appuyés par des tirs 150, l'ennemi grignote peu à peu le dispositif français. Pendant ces combats, la 6ème compagnie du 102ème RI aux ordres de l'Adjudant Franot va connaître un sort terrible. Occupant les tranchées du saillant faisant face aux Allemands, elle subit un très violent bombardement suivi d'un vigoureux assaut au cours duquel  les Allemands font de nombreux prisonniers qu'ils vont alors faire avancer devant eux pour se protéger des tirs français. En soirée, les survivants de cette compagnie reconquièrent leurs tranchées avant de les perdre à nouveau et cette fois définitivement.

            L'issue du combat ne fait plus guère de doute à la fin de cette journée. Fait confirmé par le JMO du 104ème RI indiquant qu'une partie de son effectif est occupée à préparer des une position de repli en creusant des tranchées entre Verpillières et le faubourg Saint-Georges de Roye. A la même date, celui du 101ème RI souligne l'extrême lassitude des soldats français ainsi que le manque de vivres et de munitions qui, à cause des tirs d'artillerie ennemis, ne parviennent plus aux hommes engagés en 1ère ligne.

 

            Le 28/09, la situation des défenseurs de Champien est de plus en plus critique, les combats s'étendent, le 103ème replié sur Beuvraignes s'y bat avec l'ennemi qui le talonne. Malgré tout, les Français s'accrochent à Champien, le 2ème bataillon du 104ème , alors en garde sur l'Avre, relève le 2ème bataillon du 102ème qui se replie, sous la canonnade, sur la côte 81 près de Roiglise, en fin d'après-midi il est renvoyé à Champien. Des éléments français épars tiennent toujours des tranchées bouleversées par les 105 et 150 ennemis face au bois de Champien et Margny-aux-Cerises.

            Sentant la victoire à portée de main, les Allemands se font plus mordants et s'emparent du moulin de Champien, défendu par le 103ème RI, et y mettre une mitrailleuse en batterie. Les Français s'accrochent à la sortie du village sur la route de Balâtre et dans le parc du château sous un bombardement qui « continuera intense toute la journée. La plupart des maisons s'écroulent » (JMO du 101ème RI). Les compagnies de réserve s'abritent dans les caves des maisons éventrées au risque d'y être emmurées par les obus allemands.

Parc du château où s'étaient retranchés les Français.

 

            Entre 18h et 19h30, l'infanterie allemande attaque et est à nouveau repoussée à l'Est et au Sud de Champien. Le 103ème RI va même s'offrir le luxe d'une contre-attaque victorieuse sur la route de Solente. Succès sans lendemain, la situation des défenseurs se dégrade de plus en plus. L'artillerie lourde ennemie ne  leur laisse aucun répit et fait pleuvoir sur Champien un déluge de feu et d'acier, de plus des 77 ramenés en 1ère ligne prennent tranchées et rues de Champien en enfilade. Les cadavres s'amoncellent dans les rues.

Cadavres français rue de l'église.

 

            Le 29/09, malgré le courage de l'infanterie française, les positions ne sont plus tenables. « Le village est réduit de fond en comble. C'est un monceau de ruines fumantes. Des incendies partout. Les cadavres jonchent le sol. Des obus de 150 tombés sur des paquets d'hommes [...] refluant dans les rues [...] tuent de 20 à 30 hommes » (JMO du 101ème RI. A partir de 16h45/17h00, les fantassins allemands s'infiltrent dans Champien depuis Balâtre, Solente, le bois de Champien.

Effet du bombardement allemand, à l'angle de la rue principale et de la route de margny-aux-Cerises.

 

            Les survivants se replient sur Laucourt, Beuvraignes et Roiglise où les attendent des positions de repli préalablement préparées. Les combats de Champien sont terminés, ils préfigurent ce que sera la guerre de position et d'usure. Une guerre défensive, où chacun va s'enterrer et compter sur l'artillerie lourde pour briser les défenses adverses.

            La lecture des JMO des 101ème et 102ème RI pointe le manque d'artillerie lourde française, celle-ci n'est jamais mentionnée ou juste pour signaler l'évacuation d'une batterie de 75 ou encore le manque de tir de contre-batterie ou de couverture y compris pendant la retraite de Champien menée sous le feu ennemi.

 

 

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